Depuis fin 2025, un décret encadrant l’exercice en intérim des professionnels de santé impose une condition nouvelle avant de pouvoir travailler en intérim dans les établissements de santé, médico-sociaux ou laboratoires. La règle est simple : tout jeune professionnel – infirmier, aide-soignant, sage-femme, ou encore médecin – doit justifier d’au moins deux ans d’exercice effectif dans sa profession avant d’être mis à disposition par une entreprise de travail temporaire. Cette exigence de deux ans hors intérim s’applique à tous les nouveaux diplômés souhaitant exercer en intérim, que ce soit en CDD, CDI ou en exercice libéral préalable.
Ce cadre légal s’inscrit dans la loi Valletoux du 27 décembre 2023, dont l’objectif principal est d’améliorer l’accès aux soins et de renforcer l’engagement territorial des professionnels de santé. La mesure, attendue et discutée depuis plusieurs mois, vise à limiter un recours jugé excessif et parfois problématique à l’intérim, notamment chez les jeunes professionnels.
Quels objectifs pour ce décret ?
Le gouvernement justifie cette restriction par trois objectifs principaux :
- Stabiliser les équipes de soins : en favorisant l’entrée en CDI ou CDD plutôt que le passage rapide en intérim, le texte veut renforcer la continuité des soins et la cohésion des équipes.
- Assurer la qualité des soins pour les patients : l’expérience pratique acquise pendant deux ans est vue comme un gage de compétence et de sécurité, notamment dans des services sensibles.
- Accompagner les jeunes diplômés vers des solutions d’exercice durable plutôt que vers une activité temporaire jugée plus flexible mais moins structurante.
Sur le terrain, ce décret a des effets directs sur le recrutement et l’organisation :
- Un jeune infirmier fraîchement diplômé ne peut plus accepter une mission d’intérim tant qu’il n’a pas cumulé deux ans d’activité salariée ou en libéral.
- Les établissements doivent désormais vérifier cette expérience préalable auprès des entreprises de travail temporaire, sous peine de sanctions administratives.
- Les services éprouvés à attirer des remplaçants juniors en intérim doivent revoir leurs pratiques de recrutement, ou proposer des solutions de CDD/CDI et de tutorat renforcé.
Avantages et limites de la mesure
Du côté des avantages, ce décret peut effectivement :
- Favoriser une plus grande stabilité des équipes, en réduisant le turnover élevé souvent associé à l’intérim.
- Encourager un accompagnement plus structuré des jeunes professionnels, avec des mentors ou des parcours d’intégration adaptés à leurs deux premières années d’exercice.
Pour autant, les critiques sont nombreuses. Certains syndicats, comme le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), estiment que limiter l’accès à l’intérim ne résout pas les causes profondes du recours timide à l’emploi stable — telles que les conditions de travail difficiles ou l’attractivité limitée du secteur hospitalier.
Enfin, dans certains établissements déjà sous tension, cette règle pourrait rendre plus complexe la couverture des besoins immédiats, surtout en périodes de pointe ou dans les zones sous-dotées.
En résumé, ce décret marque une vraie réorientation du recours à l’intérim, pour encourager l’expérience, la stabilité et la sécurité des soins — mais il reste à voir comment il s’articulera avec les besoins réels du terrain dans les prochains mois.
Clémentine Thieblemont